Projet pilote « Burn-out » de la Ministre De Block

Pour la rentrée 2019, la ministre de la Santé Maggie De Block a prévu un projet pilote visant l’accompagnement des travailleurs présentant des signes de burnout professionnel. L’objectif est d’intervenir précocement afin d’éviter que les travailleurs ne sombrent dans le cycle infernal de l’épuisement professionnel.

Dans sa configuration actuelle, ce projet ne vise pas tous les secteurs d’activités.  Ainsi, seuls les hôpitaux (entendez structures de soins cfr code NACE) et les banques (hors assurance) sont uniquement concernés. Attention, cela ne signifie pas pour autant que seuls ces secteurs-là sont impactés par le burnout et que les travailleurs des autres structures n’en souffrent pas.

En effet, contrairement à ce qui est habituellement véhiculé dans le monde de l’entreprise, il n’y a pas de secteur, de personnalité ou de catégorie de fonction plus exposés que d’autres au burnout. Ce syndrome est multifactoriel et peut être vu comme la résultante notamment d’un climat organisationnel particulier couplé par exemple à un mode de management particulièrement axé sur la compétitivité et à la manière dont certains travailleurs considèrent leur travail et l’épanouissement qu’ils en retirent.

Le projet de la Ministre De Block s’inscrit dans la prévention des Risques PsychoSociaux (RPS).

Pour information, on distingue trois types de prévention :

  • la prévention primaire : on élimine les risques psychosociaux ;
  • la prévention secondaire : vise, lorsque le risque est identifié, à en réduire les effets. Pour ce faire, on en réduit les atteintes sur la santé des travailleurs ;
  • La prévention tertiaire : on limite les dommages.

Ce projet vise les travailleurs atteints de burnout mais à un stade précoce.

En effet son plan est davantage axé sur l’accompagnement multidisciplinaire des travailleurs tout au début de l’instauration d’un processus de burnout.

L’intérêt est d’intervenir avant que les personnes ne soient en arrêt maladie longue durée.  Les personnes travaillent encore mais commencent à manifester les premiers signes, ainsi, on pense surtout à des absences de courte durée pour un épuisement émotionnel et/ou  physique.

Il est important de mentionner que la durée totale prévue pour l’accompagnement individualisé sera de 9 mois.  Les 17 séances (maximum) suivies par le travailleur seront prises en charge par l’agence fédérale des risques professionnels, ou FEDRIS. (FEDRIS est né de la fusion du Fonds des accidents du travail et de celui des maladies professionnelles).

Concrètement, quelles sont les étapes ?

Tout d’abord, il s’agira de répondre aux 3 critères de base, à savoir :

  1. Travailler dans les hôpitaux ou les banques (hors assurance) ;
  2. être menacé ou atteint à un stade précoce par un syndrome de burnout suite à une exposition à un ou des risques d’origine psychosociale en relation avec le travail;
  3. être encore en activité ou être en incapacité de travailler depuis moins de 2 mois.

Point de départ : le travailleur devra se rendre chez son médecin du travail ou son médecin traitant afin de faire « reconnaître » son état de burnout.

Une fois le diagnostic posé, le travailleur doit introduire auprès de FEDRIS une demande de confirmation du diagnostic au moyen d’un formulaire type.

Ce formulaire pourra être rédigé soit par le médecin généraliste, le médecin du travail ou encore le conseiller en prévention aspects psychosociaux.  Il devra aussi bien sûr être daté et signé par l’intéressé et la personne qui aura reconnu son état.

Si FEDRIS reconnaît la situation d’épuisement professionnel, le travailleur pourra alors bénéficier d’un accompagnement adapté, un suivi individualisé et de soins dont l’objectif sera de le maintenir au travail ou de le remettre au travail dans une période plus restreinte que s’il était resté seul dans sa situation.  Il pourra être accompagné par des intervenants spécialisés, sélectionnés par l’Agence.

N’oublions pas que le but du projet est soit, de maintenir au travail ces travailleurs exposés aux RPS manifestant les premiers symptômes d’un épuisement professionnel soit, de favoriser une reprise plus rapide de ces derniers déjà en incapacité temporaire de travail.

Dès lors, un autre axe est également prévu par le projet de la ministre.  Il conviendra de réaliser des réunions multidisciplinaires internes à l’entreprise afin d’améliorer la situation de travail ou de préparer au mieux le retour du travailleur.  Selon les situations, les personnes concernées par ces réunions seront le médecin du travail, le conseiller en prévention aspects psychosociaux, éventuellement la hiérarchie du travailleur, un représentant des Ressources Humaines et bien évidemment le travailleur.  Pour ce faire, afin de favoriser l’initiative au sein des entreprises, FEDRIS a prévu un package sous forme de subsides afin que le coût représenté par ces réunions internes à l’entreprise ne soient pas un frein à leur mise en place.

Ceci étant, bien que le burnout soit multifactoriel, l’intérêt du projet pilote est déjà de pouvoir offrir aux travailleurs qui ont ce syndrome d’épuisement professionnel une certaine forme de reconnaissance au sein de leur entreprise.  Aussi peut -être qu’à terme, grâce à ce cadre, cela évitera de galvauder le terme comme c’est le cas actuellement, créant de ce fait, un climat relationnel non favorable à la reprise du travailleur dans de bonnes conditions, ou encore engendrant un facteur de risque psychosocial interpersonnel supplémentaire.

La ministre De Block, grâce à ce projet de prévention secondaire franchit déjà un énorme pas en proposant cet accompagnement sur mesure, il n’en reste pas moins que la prévention primaire au sein des entreprises offrirait elle aussi un atout de taille.  En effet, en évitant au maximum les sources de développement de burnout au sein des structures, grâce à la formation notamment de la ligne hiérarchique ou en revoyant l’organisation du travail ou les conditions de vie au travail, cela pourrait aussi permettre aux entreprises de limiter l’exposition de leurs travailleurs aux facteurs organisationnels débouchant sur un épuisement professionnel.